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« Liberté » et « Le Miroir » : le double retour du clan Pignon-Delgado aux Crinières d'or

Pour la quarantième édition de Cheval Passion, les Crinières d’or accueillent à nouveau Magali Delgado et Frédéric Pignon. Bien que partageant une philosophie commune de la relation homme-cheval, le couple présente cette année deux créations distinctes. Magali Delgado s’illustre aux côtés de sa sœur, Estelle, dans un numéro de dressage intitulé « Le Miroir », tandis que Frédéric Pignon revient à l’essence de son art avec sa performance « Liberté ». Entre quête d’esthétisme et communication intuitive, ces artistes avignonnais de renommée internationale reviennent sur les principes qui guident leur travail depuis plus de trente ans.
Par Maelys B
Frédéric Pignon & Magali Delgado : L'art de l'écoute et le secret d'une vie en liberté

Dans l’univers du spectacle équestre, les noms de Delgado et Pignon sont indissociables d’une approche plaçant le ressenti avant la contrainte. Pour ce quarantième anniversaire du festival avignonnais, le couple revient sur les terres de sa rencontre avec deux propositions artistiques qui, bien que différentes dans leur forme, puisent à la même source : une écoute absolue du partenaire équin.

« Liberté » : une communication sans artifice

Frédéric Pignon présente cette année un numéro sobrement intitulé « Liberté ». Pour l’artiste, ce terme ne doit pas être galvaudé. Il ne s'agit pas d'une absence de contrôle, mais d'une interaction constante où l'animal conserve une capacité d'expression. « La liberté ne signifie pas nécessairement le bonheur du cheval », tempère-t-il, soulignant que derrière certains numéros de ce type se cachent parfois des méthodes coercitives.

Sa démarche repose sur la mise en place d'un langage commun où le cheval peut exprimer ses limites, comme le refus d'un mouvement en raison de la fatigue ou de la nature du sol. Pour Frédéric Pignon, l'objectif est d'atteindre un stade où l'animal devient un partenaire volontaire, capable de proposer des interactions spontanées (un regard, un geste) qui touchent le public au-delà de la prouesse technique.

« Le Miroir » : l’élégance du dressage en duo

De son côté, Magali Delgado propose « Le Miroir », une création réalisée avec sa sœur, Estelle Delgado. Ce numéro met en scène deux couples (chaque sœur avec son cheval) dans une chorégraphie qui entremêle haute technicité et fluidité émotionnelle. Magali Delgado y défend une vision du dressage classique où la soumission est exclue au profit de la coopération.

« On propose au cheval une figure de dressage, mais on lui laisse le choix en lui disant : je t'équilibre, qu'est-ce que tu peux me proposer en face ? », explique-t-elle. Cette méthode, qui privilégie la lenteur et la souplesse, nécessite une précision extrême. Le numéro « Le Miroir » est le fruit de plusieurs mois de travail intensif, visant à rendre l’animal « beau » par le simple fait de son épanouissement sur scène.

L’héritage de Templado et la patience comme outil

Le socle de cette double expertise repose sur une expérience fondatrice : la rencontre avec Templado, leur cheval « maître ». Arrivé alors qu’ils n’avaient que vingt ans, l’animal a imposé ses propres règles, forçant ses dresseurs à abandonner leurs certitudes. « Il nous a mis au pied du mur en nous disant : tant que vous ne serez pas à l’écoute, ça ne marchera pas », se souvient Frédéric Pignon.

Cette leçon de patience imprègne aujourd’hui encore leurs conseils aux nouvelles générations. Pour le couple, le temps est une variable indispensable que le marché du spectacle tend parfois à occulter. « Laisse le temps faire les choses », résume Magali Delgado, invitant les cavaliers à ne jamais placer la technicité au-dessus du respect de l’animal.

Un retour aux sources avignonnaises

Pour Magali Delgado et Frédéric Pignon, Cheval Passion demeure un lieu symbolique. C’est ici qu’ils se sont aperçus pour la première fois, alors qu’ils n’étaient que de jeunes cavaliers. Trente ans plus tard, leur complicité artistique et personnelle reste le moteur de leur carrière. Cette édition anniversaire est l’occasion pour eux de réaffirmer un engagement : celui d’un art équestre visionnaire qui refuse de considérer le cheval comme un simple outil de divertissement.