Le choix du « fait main » comme gage de pérennité
Derrière l’enseigne « La Rose des Cuirs » œuvre une artisane seule, mais habitée par une volonté farouche de préserver le geste traditionnel. Audrey Setbon, sellière-harnacheuse, se définit d’abord par son outil principal : ses dix doigts. Pour cette professionnelle en reconversion, le passage de la plume et de la craie au cuir n’a rien d’un hasard, mais relève d’une volonté de retour à la matière. Bien qu’elle s’autorise exceptionnellement l’usage de la machine pour répondre à des commandes de gros volume destinées à des magasins, son cœur de métier demeure le travail manuel.
Ce choix n’est pas uniquement esthétique ; il est technique. Là où la machine utilise un fil de nylon qui, par friction, finit par cisailler le cuir, la couture à la main emploie exclusivement le fil de lin. Chaque point est noué individuellement, assurant une sécurité optimale : si un fil venait à rompre, la structure globale de la pièce ne se désagrégerait pas. Cette méthode permet également une restauration infinie de l’objet, contrairement aux productions industrielles souvent jetables. Pour le cavalier comme pour sa monture, c’est l’assurance d’un matériel robuste, capable de traverser les décennies.
De l’élégance italienne à la rigueur de l’ergonome
L’esthétique de « La Rose des Cuirs » prend sa source dans une tradition familiale. Sa mère, autrefois à la tête d’un salon de toilettage de luxe, lui a transmis le goût des belles matières, allant chercher en Italie l’élégance du design et en Angleterre la solidité des cuirs. Aujourd’hui, Audrey Setbon transpose cet héritage dans le monde équestre. Ses créations, qu’elles soient destinées au travail quotidien ou au spectacle, marient la finesse latine à la technicité de la sellerie traditionnelle.
Pourtant, la beauté du geste ne saurait s’affranchir de la réalité biologique. L’artisane insiste sur la nécessité de lier l’artisanat à la biomécanique. Pour elle, fabriquer un bridon ou une selle sans comprendre le mouvement du cheval est une hérésie fonctionnelle. « Un cheval est un animal en mouvement », rappelle-t-elle. Pour libérer ce mouvement et supprimer les points de pression douloureux, elle multiplie les spécialisations : déjà bridle fitter, elle termine actuellement un cursus d’ergonome équin pour devenir totalement bit fitting et saddle fitter. Cette expertise lui permet d'ajuster chaque pièce à la morphologie précise de l’animal, transformant le harnachement en une seconde peau.
Une éthique écoresponsable pour une clientèle exigeante
Le respect de l’animal passe également par le choix rigoureux des matériaux. Audrey Setbon privilégie le tannage végétal, un procédé hypoallergénique et respectueux de l’environnement. Si elle ne collabore pas avec une tannerie française, son choix s'est arrêté sur la tannerie belge Radermecker, reconnue pour son process écoresponsable et la richesse de son nourrissage, garantissant une souplesse et une longévité exceptionnelles au cuir.
Cette approche séduit une clientèle de passionnés, avant tout soucieux du confort de leurs montures. Face à des demandes de plus en plus pointues, l’artisane ne recule devant aucun défi technique. Elle évoque avec émotion son mentor, Monsieur Yves Tartaud, auprès de qui elle a appris la complexité du harnais d’attelage, l’une des pièces les plus exigeantes du répertoire de la sellerie.
Cap sur 2026 : entre spectacle et développement
L’accueil du public avignonnais lors de ce salon Cheval Passion a confirmé la pertinence de sa démarche. Si ses bridons de spectacle, aux designs originaux, attirent l’œil des visiteurs, ils servent avant tout de point d’entrée pour engager une conversation plus profonde sur l’ergonomie et la santé équine. « Je suis extrêmement bien reçue ici », confie-t-elle, ravie de ce premier contact direct avec les passionnés de la région.
Pour l’avenir, les ambitions sont claires. À l’horizon 2026, Audrey Setbon espère concrétiser les projets nés de ses rencontres avignonnaises. Son objectif : mettre sa créativité au service du monde du spectacle équestre, tout en y injectant sa rigueur ergonomique. Un défi de taille qui pourrait bien redéfinir les standards du matériel d’apparat, où le faste ne se ferait plus au détriment du bien-être animal.